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La force des récits - Il était une fois (1) 56


La force des récits - Il était une fois (1)

Les contes ou les mythes m’ont longtemps fascinée. Cette fascination a atteint un pic lorsque j’ai découvert l’épopée de Gilgamesh, considérée comme une des plus anciennes épopées connues à ce jour, était une fenêtre ouverte sur un monde disparu depuis des millénaires. Enkidu, Gilagemesh, Humbaba, Uta-napishti, autant de noms improbables aux sonorités exubérantes à l’image des personnages auxquels ils appartiennent. J’y ai appris que la bière, le sexe et le pain étaient des agents civilisateurs, que l’amitié des hommes pouvaient parfois contrarier les dieux, et, plus important encore. qu’il a existé un temps où l’immortalité n’était ni un idéal ni une promesse. Bien des années plus tard, en écoutant la radio, je suis tombée sur un entretien de Julien d’Huys, un jeune mythologue qui venait de publier « Cosmogonie », un ouvrage dans lequel il synthétise ses recherches sur le mythe de Polyphème. Il y défend la thèse surprenante que le récit du Cyclope et d’Ulysse serait un des nombreux avatars d’un mythe si ancien qu’il aurait accompagné les migrations humaines à travers le détroit de Béring, lors de la dernière période glaciaire. Le mythe, sous des formes changeantes, aurait ainsi survécu à plus dix mille ans d’histoire humaine. De quoi parlait donc ces hommes? Quel message si important se transmettaient-ils avec ce récit? S’adressaient-ils également aux générations futures? Comment avons-nous pu perdre le sens de ce récit qui avait pourtant subsisté des millénaires durant? Voilà les questions qui m’animaient. Chercher à y répondre avait quelque chose de séduisant, Il s’agissait de décoder ou déterrer une ancienne vérité, comme un trésor longtemps perdu. C’était évidemment très naïf. Aujourd’hui, si mon intérêt pour les récits et les histoires n’a pas faiblit, ma compréhension actuelle est la suivante : aucun d’entre eux de transmet de vérité immuable, ni même de message stabilisé. Comme les vecteurs qui les transportent et qui muent au grès des aires culturelles qu’ils traversent, le sens des récits est lui-même réactualisé en fonction du contexte sociale et culturel. Les questions n’ont pas disparu pour autant, elles ne sont simplement plus les mêmes : Si la forme des récits n’est pas stable dans le temps et les messages qu’ils expriment non plus, pourquoi et comment persistent-ils ou diffusent-ils dans différentes cultures pendant des siècles voir des millénaires. Quels sont les mécanismes à l’origine de leur fluidité? À quoi servent-ils? Sont-ils des entités autonomes, voir carrément des récits « égoïstes » pour lesquels l’individu n’est qu’un véhicule à l’image des gènes égoïstes postulés par Dawkins (the egoist gene)? ou bien remplissent-ils des fonctions précises? La réflexion proposée ici procède d’une démarche exploratoire : non pas une démarche d’experte mais celle d’une curieuse sans prétention, une démarche dépourvue de grands concepts abstraits ou encore de cadre théorique solide, une invitation à réfléchir ensemble sur ces objets qui ont bercés notre enfance.

Il était une fois (1)

Les contes ou les mythes m’ont longtemps fascinée. Cette fascination a atteint un pic lorsque j’ai découvert l’épopée de Gilgamesh, considérée comme une des plus anciennes épopées connues à ce jour, était une fenêtre ouverte sur un monde disparu depuis des millénaires. Enkidu, Gilagemesh, Humbaba, Uta-napishti, autant de noms improbables aux sonorités exubérantes à l’image des personnages auxquels ils appartiennent. J’y ai appris que la bière, le sexe et le pain étaient des agents civilisateurs, que l’amitié des hommes pouvaient parfois contrarier les dieux, et, plus important encore. qu’il a existé un temps où l’immortalité n’était ni un idéal ni une promesse. Bien des années plus tard, en écoutant la radio, je suis tombée sur un entretien de Julien d’Huys, un jeune mythologue qui venait de publier « Cosmogonie », un ouvrage dans lequel il synthétise ses recherches sur le mythe de Polyphème. Il y défend la thèse surprenante que le récit du Cyclope et d’Ulysse serait un des nombreux avatars d’un mythe si ancien qu’il aurait accompagné les migrations humaines à travers le détroit de Béring, lors de la dernière période glaciaire. Le mythe, sous des formes changeantes, aurait ainsi survécu à plus dix mille ans d’histoire humaine. De quoi parlait donc ces hommes? Quel message si important se transmettaient-ils avec ce récit? S’adressaient-ils également aux générations futures? Comment avons-nous pu perdre le sens de ce récit qui avait pourtant subsisté des millénaires durant? Voilà les questions qui m’animaient. Chercher à y répondre avait quelque chose de séduisant, Il s’agissait de décoder ou déterrer une ancienne vérité, comme un trésor longtemps perdu. C’était évidemment très naïf. Aujourd’hui, si mon intérêt pour les récits et les histoires n’a pas faiblit, ma compréhension actuelle est la suivante : aucun d’entre eux de transmet de vérité immuable, ni même de message stabilisé. Comme les vecteurs qui les transportent et qui muent au grès des aires culturelles qu’ils traversent, le sens des récits est lui-même réactualisé en fonction du contexte sociale et culturel. Les questions n’ont pas disparu pour autant, elles ne sont simplement plus les mêmes : Si la forme des récits n’est pas stable dans le temps et les messages qu’ils expriment non plus, pourquoi et comment persistent-ils ou diffusent-ils dans différentes cultures pendant des siècles voir des millénaires. Quels sont les mécanismes à l’origine de leur fluidité? À quoi servent-ils? Sont-ils des entités autonomes, voir carrément des récits « égoïstes » pour lesquels l’individu n’est qu’un véhicule à l’image des gènes égoïstes postulés par Dawkins (the egoist gene)? ou bien remplissent-ils des fonctions précises? La réflexion proposée ici procède d’une démarche exploratoire : non pas une démarche d’experte mais celle d’une curieuse sans prétention, une démarche dépourvue de grands concepts abstraits ou encore de cadre théorique solide, une invitation à réfléchir ensemble sur ces objets qui ont bercés notre enfance.